En préambule:

C’est le troisième portrait d’Arpète. Une question se pose : « Faut-il continuer ? »

A la section Bretagne, nous souhaitons  que cette série d’articles suscite des « vocations » dans les autres régions. Vous avez certainement quelque chose à raconter, que vous soyez civils ou toujours militaires.

Alain QUEGUINEUR P 56,  Avocat,

Président AETA Bretagne de 1998 à 2015,

un autre  itinéraire hors du commun.

Alain QUEGUINEUR sur le tracteur de son père

Alain QUEGUINEUR sur le tracteur de son père

Alain est né à Lanhouarneau  (Nord Finistère) le 3 avril 1951. C’est donc dans cette commune du Haut-Léon, à quelques encablures de Brest qu’il a grandi. Son père Jean-Louis est agriculteur.

A la ferme de Trefalégan, Marie, sa maman a fort  à faire avec une fratrie  de 8 enfants  Alain arrive en 4 ème position.   Au collège St Joseph à Plouescat, en cette fin de troisième, pour Alain, les résultats ne sont pas au rendez-vous. « J’étais pratiquement toujours dernier de la classe.» me confie Alain  . En situation d’échec scolaire, l’accès en classe de seconde ne lui est pas permis. Son horizon à court terme, au mieux c’est d’entrer dans une classe qui prépare à un simple CAP.

Dans ce contexte , l’abbé CAER conseille à Alain de préparer quelques concours administratifs du niveau BEPC. Il se déplace même jusqu’à la ferme de Tréfalégan pour convaincre les parents d’Alain : «  il faut qu’Alain aille dans  l’Armée de l’Air vous serez tranquilles… » . A peine rassurés, les parents d’Alain finissent par accepter.

Les années grises

Finalement, Alain débarque à Saintes en septembre 1967. Comme nous l’avons tous vécu, ce soir-là, les anciens font le tour des « piaules ».  Les questions fusent autour des « bleus » fraîchement tondus, un peu inquiets du sort qui va leur être réservé. Soudain, une question : «Y a-t-il des Bretons parmi vous ? » Alain  lève la main : « Oui moi » . D’où tu es ?  Et ben euh d’à côté de Brest, de  Lanhouarneau … dans le Finistère .

Oh, ben alors… moi je suis de Plouedern… !

Plouedern est la commune limitrophe de Lanhouarneau, Nous sommes donc « Pays » s’exclame Yvon HERNOT . Yvon est  P 55.  Redoublant, il rejoint donc la P 56.  Ce fut le début d’une longue amitié .  Aujourd’hui Yvon est agent immobilier à Brest , il participe  à la vie de l’AETAA  Bretagne aussi souvent que possible.

P 57 chambre 33 à droite avec la pipe pull vert

P 57 chambre 33 à droite avec la pipe pull vert

Pour Alain, la scolarité démarre sur un tempo identique à celui du collège de Plouescat  . Mieux encore,  il rend une feuille blanche pour un devoir de maths à la fin du premier trimestre… ce qui lui vaut une convocation chez le capitaine commandant la promo :-«  Alors Queguineur, que vous arrive-til ? » Alain n’en mène pas large, il préfère lui avouer la vérité.-

« Eu … ! mon capitaine tout ce que je trouvais était nul, alors j’ai préféré rendre une feuille blanche… ! » Le capitaine l’écoute attentivement. Il ne le sanctionne pas ,mieux , il le renvoie en cours en l’encourageant. Mais faute de résultats,  Alain quitte la P 56 pour rejoindre la P 57 qui vient d’ arriver.

Dans sa nouvelle promotion, les résultats sont, dit-il, au « ras de la barre ». Il qualifie lui même sa scolarité de médiocre et obtient la moyenne de justesse.  Alors , Alain organise sa petite vie d’Arpète. Il se  souvient  de sa classe de 6ème au Petit Séminaire de Pont Croix (29)… et tout naturellement se tourne vers le Père Juhel. Cela se révèle être une bonne décision.

P 57 classe 8 au milieu debout derrière incline la tête sur le côté

P57 classe 8 au milieu debout derrière incline la tête sur le côté

Avec les sorties scout de « Juju »  on peut passer un week-end de liberté. Chaque semaine, Alain attend le P45 Citroën, bâché qui l’amènera avec les copains jusqu’à Beurlay.  La municipalité avait mis à disposition des scouts une vieille maison qu’ils étaient censés rénover. Et Alain de préciser : «  Le samedi soir, on draguait sérieusement les petites nanas… ! ».

A la fin de sa scolarité à Saintes, lors d’une permission, Alain fait la connaissance d’Odile à un bal de mariage. Odile est en terminale au lycée de Lesneven ; Leur Idylle durera 2 ans.

Janvier 1970, il devient l’E.S.O.(Élève Sous-Officier) Alain QUEGUINEUR 52 22 (électricité bord) et débarque  à  la  vieille base de  Soubise. Chaque matin, à 6 heures, Alain est réveillé au son du clairon : « Soldat lève toi, soldat lève toi…. ». Il connait les joies des corvées matinales et le sempiternelle mille pattes.  A Rochefort, Alain n’entre pas dans la catégotie des nantis qui goûtent aux joies de la première voiture..,  L’arpète E.S.O se contente de sa maigre solde. Ses temps de loisirs, il ne va pas faire du lèche-vitrine rue des  Mousses, il  pense à Odile restée au pays. Elle lui conseille alors de reprendre des études mais pour le moment, Alain n’a pas envie de l’écouter. Lorsqu’il lui reste un peu de sous pour payer le train, il remonte la retrouver tout là haut en Bretagne du côté de Lesneven.

Alain ne dit pas grand chose de son passage à Rochefort si ce n’est qu’une anecdote de fin de stage. Il sait que pour être breveté et avoir la moyenne, il lui faut obtenir la note de 16/20 au dernier« test américain » . La première bonne nouvelle arrive , il a mis dans le mille et s’en sort une fois de plus de justesse.

Fin 1970 le Sgt Alain QUEGUINEUR 52 24 , électricien bord, est affecté au Germas de la base d’Orange ; Il travaille sur Mirage III C 

 Mirage III C base Orange

Mirage III C base Orange

et à l’atelier électricité de la base. Alain est affecté dans une équipe. Il y passera  le  permis de conduire militaire.

Très vite les rapports avec la hiérarchie directe (un S/C ) s’enveniment . Pour décrire cette situation, avec les mots d’aujourd’hui, on appellerait cela du harcèlement moral. Dans le même temps, Odile s’éloigne.  Tout cela se soldera   par quelques ennuis de santé . Une mutation à Tours sur Mystère IV sortira  Alain de ce « guêpier.

Tours 1972, un premier ballon d’oxygène

L’accueil est cordial,  bonne ambiance au boulot tant avec les collègues qu’avec la hiérarchie.  Alain voit les choses différemment d’ores et déjà, il pense à organiser sa sortie de l’Armée de l’Air. Il se décide avec les encouragements de son environnement personnel à reprendre ses études  Sa rencontre  avec un ami d’enfance, Jean Rolland, le conforte dans ce choix. Jean  sort de math spé. Il incite Alain à s’inscrire aux cours par correspondance.

Qu’à cela ne tienne, Alain repère une formation qui lui permet d’entrer en fac de droit sans le baccalauréat .Il s’inscrit donc aux cours pour accéder à la « capacité en droit » à la Fac de Brest.

Là c’est le déclic , le premiers devoirs sont excellents … pour la première fois depuis bien longtemps ; Alain n’ose y croire et se dit : «  Bof, ils font çà pour appâter le client., ils se sont plantés.. ! » Curieusement, les bon résultats continuent.La particularité de cette formation diplômante veut :

  • qu’avec une moyenne supérieure à 12 sur les 2 années, vous êtes admis directement en 1ère année de fac (licence)
  • qu’avec une moyenne supérieure à 14, vous entrez directement en seconde année

Alain s’accroche , il se rend compte qu’en travaillant de façon assidue, il pourra rentrer directement en seconde année de licence.

A la  Fac de Brest, Alain termine sa première année formation à la « capacité en droit »  « avec 14,75 de moyenne. Sans problème, il continue en seconde année qu’il terminera avec plus de 14 de moyenne.

Ces excellents résultats permettent à Alain d’être admis directement en seconde année de licence.

Le premier contrôle ne se passe pas bien . Considérant qu’il est hors sujet, Alain rend une feuille blanche tout comme au 1er cycle à Saintes.  Alain en parle à ses amis  et reprend confiance. Au second examen, il obtient la note de 14 et, après plusieurs autres examens, passe en 3ème année de licence.

En 1975, Alain QUEGUINEUR contacte  le bureau de la formation permanente de la faculté de Brest et obtient sur concours une bourse au mérite.

Ce ballon d’oxygène est pour lui une véritable planche de salut Il va pouvoir continuer ses études tout en étant payé.  Notre Arpète, au sortir de l’Armée de l’Air,  est en 3ème année de licence. Dans la foulée, il passe la maîtrise et l’obtient avec succès.

Le décollage
Au lendemain  d’une soirée bien arrosée, Alain de retrouve au petit matin  dans l’appartement de Claude Larzul président de l’UNEF à Brest . Claude et Alain deviennent amis.  C’est ainsi qu’Alain se retrouve délégué UNEF. Il siège au Conseil d’Administration de l’Université et devient donc un redoutable syndicaliste étudiant (le souvenir  de 1968 est encore vivace)Cette nouvelle position  fait qu’Alain s’intéresse aux problèmes sociaux au travers du Droit du Travail ou des Relations dans le travail. Il se dit alors, je serais « Inspecteur du Travail ».

En fin d’année de maîtrise, Alain postule vers le doctorat . Il prépare  deux dossiers :

– l’un pour Paris-Panthéon-Sorbonne car  entre temps, son ami Jean Rolland ,ingénieur météo, est en poste au Bourget

– l’autre pour l’Université de Rennes.

Alain, inquiet de ne pas avoir eu de nouvelles de son dossier, se présente au secrétariat de la faculté de Paris Sorbonne ; C’est la cata , son dossier n’est pas enregistré. Alain s’étonne proteste vivement et finit par dire à la personne qui le reçoit ; « Appelez moi  le recteur » Enfin Monsieur on ne dérange pas Monsieur Monsieur LYON CAEN  comme cela.

Gérard Lyon-Caen,  est considéré comme l’un des plus prestigieux professeurs de droit français. Professeur de droit spécialisé dans le droit social.

Alain ,tempête, proteste et pur hasard ou attiré par le bruit, le grand ponte entre scène :

« Que vous arrive-t-il jeune homme ? »  Alain lui conte sa mésaventure . Du bout des lèvres et avec un ton condescendant Gérard Lyon-Caen reconsidère sa situation et accepte sa candidature.

3 semaines plus-tard, Alain apprend son admission à Paris Sorbonne et aussi à Rennes. Problème, son  dossier de formation permanente est parti de Brest, mais n’est jamais arrivé à Paris . Alain se retrouve donc sans subside pour vivre à Paris.

Privé de revenus, Alain choisit  de replier sur l’université de Rennes et pour survivre, il donne des cours de droit.  Il devient maître auxiliaire de l’éducation nationale au lycée Bréquigny.  Il enseigne en terminale.

Au même moment, Alain pose sa candidature pour devenir le collaborateur d’un avoué à la cour d’appel de Versailles,  Maître Lambert, à deux pas du célèbre château.

Nous sommes en 1980

Sa mission : consulter, étudier les dossiers, puis donner aux avocats son avis sur l’opportunité de faire appel d’un jugement et d’en préparer les défenses «écrites» (conclusions). Alain restera un an à Paris, mais l’appel de la Bretagne est trop fort. Il revient à Rennes où il est embauché au cabinet de Maître Testard et Massart, avoués, auprès de  la Cour d’Appel de Rennes.

Sa mission est identique à celle de Versailles .

Son  nouveau « job » lui permet de se faire connaître de tous les avocats des différents »barreaux » de Bretagne ; il se constitue un juteux carnet d’adresses.

Il travaillera ensuite dans le cabinet  d’un avocat rennais. Il y retrouvera son ami de l’UNEF, Claude Larzul, devenu avocat . Alain assurera aussi des vacations à l’IUT et à la Chambre de Métiers.
 Le « fils de ploucs »  (1) devient  Avocat

  • Succès de librairie : longtemps retardataires et méprisés, les Bretons sont aujourd’hui très dynamiques et très appréciés. Ce récit allègre, émouvant et ironique, invite à la réflexion critique et à une juste connaissance du passé. Auteur Jean Rohou .
Maître Alain QUEGUINEUR, Avocat

Maître Alain QUEGUINEUR, Avocat

C’est en 1992 que l’ex  petit séminariste de Pont-Croix devient un « homme de robe ».il ne prêchera pas dans les églises, mieux, il  plaidera dans les prétoires de la République.

Alain demande son inscription au barreau de Rennes. Il travaille alors comme avocat et collaborateur d’avoué, mais cette fois-ci sous statut libéral ; Il se constitue alors une clientèle. Il plaide aussi bien aux assises qu’en correctionnelle ou dans des affaires de droit privé.

Je recevrai moi-même Maître Alain QUEGUINEUR, avec ses confrères du barreau rennais au cours d’une opération Relation Publique à l’Espace Ouest France. A cette époque ni lui ni moi ne savions que nous étions « arpètes »Bien des années plus tard, Alain rencontrera Gaêlle. De cette union, naîtra Ewen  ( 10 ans en juin 2015). Tous 3 vivent aujourd’hui au cœur de Rennes à deux pas du Palais ….

Alain connaîtra quelques ennuis de santé qui lui vaudront une hospitalisation. Un beau matin, il aura  l’agréable surprise de recevoir la visite d’ Odile dans sa chambre. Elle est devenue assistante sociale du service où il est hospitalisé. Odile a  découvert le nom d’ Alain dans  la liste des patients à visiter.  Ce qu’ils se sont dits, la petite histoire ne nous le dit pas.

Enfin, jusqu’à ces dernières semaines,  Alain a assuré un septennat de Président à l’AETA Bretagne et seuls des soucis de santé l’empêchent de continuer son mandat.

Le Président Queguineur et les Arpètes bretons.

Le Président Queguineur et les Arpètes bretons.

Animé de sentiments de justice et de solidarité, il exerce ses talents à la commission nationale de secours et  à l’AETA Bretagne. Par ailleurs, Il tient  à tisser des liens entre tous au travers de déjeuners trimestriels organisés en général dans des cercles militaires . Il utilisera aussi son carnet d’adresse pour nous  permettre d’accèder à des sites prestigieux comme l’Ecole de St Cyr Coetquidan, ou l’Amirauté de Brest par exemple. Toujours modeste, il ne se met pas en avant.  Alain n’a pas que des qualités ; Il est en particulier parfois brouillon mais ses amis arpètes ne lui en tiennent pas rigueur, tant ses qualités de cœur  et de discrétion l’emportent sur ses petits travers.

C’est avec force et conviction  que je prends aujourd’hui son relais pour décliner comme  Il me l’a  appris  les mots « amitiés et entraides »

Dominik HERMOUET P53Président AETA Bretagne