Portrait d’Arpète : Michel COTTEREAU P 57, Curé de l’île de Ré,

Un autre itinéraire hors du commun.

Michel est né à Saintes le 22 mai 1951. C’est donc dans cette ville que nous connaissons tous qu’il a grandi. Son père Raymond travaillait aux ateliers de réparation de la SNCF. Il y occupait un poste à responsabilité. Petit détail quand même pour ce type d’établissement, son papa était aussi militant syndical  non pas  CGT, mais CFTC . Madeleine, sa maman est mère au foyer. Michel a un frère aîné Jean-Claude navigant sur 747  à la DGA d’Air France et une  petite sœur Catherine, née en 1958, infirmière. Le 4 janvier 1968, Michel  quitte le cocon familial et franchit comme beaucoup d’autres, le poste de police à Paban.

Michel a l’esprit quelque peu rebelle. Il n’a jamais connu l’internat, et a du mal à supporter la promiscuité des chambrées et la discipline. Au bout de 3 mois, il s’aperçoit qu’il a fait le mauvais choix, il aurait voulu être cuisinier. Après le Brevet, il se définit comme étant à l’époque un élève moyen. Rentré à la maison lors de la première permission, il fait part  de son désenchantement à ses parents quelque peu inquiets :

– « Mais qu’ est-ce que tu veux que l’on fasse de toi maintenant ? »

Mais depuis les premiers jours Michel a pris pour habitude de fréquenter régulièrement l’aumônerie et bien entendu le Père Juhel. Tout naturellement Michel devient assidu aux week-end retraites organisés à St Palais.

 

Avec le Père Jean JUHEL,  il échange sur son souhait de devenir prêtre . A cette époque, le «Padré» lui fait une réponse sans ambiguïté :

– « Fais d’abord tes 15 ans, après on verra… ! »

Sa promotion compte 250 arpètes. il se classe dans les 50 premiers ; Son éducateur est  le S/C Tardy. Finalement à Saintes, les choses vont pour le mieux au cours de ces 2 années.

 

Janvier 1970, il devient l’E.S.O.(Élève sous Officier) Michel COTTEREAU 44 42 (radio-sol) et débarque  à Joinville (Télec).

Joinville
Dans cette structure d’un autre âge, Michel bosse, il rentre à Saintes le week-end.  Coïncidence, ou simple hasard du calendrier, le père JUHEL est muté à l’école de Rochefort. Michel reprend, aussi souvent que possible, le chemin de St Palais à chaque fois qu’un week-end « retraite » est organisé. La scolarité à Rochefort est « fluide ». Les résultats sont au rendez-vous.

Michel termine sa formation, second de sa promotion.

fin du BE 4444 Ancienne base
Michel choisira le poste proposé au  Ministère de l’Air à Balard, affectation la plus proche des rives de la Charente.

 

Dans les années 70, la base aérienne 117 Paris, ou Cité de l’Air, est une base aérienne située pour l’essentiel sur des terrains localisés entre l’avenue de la Porte de Sévres , le boulevard Victor  et le boulevard périphérique, dans le 15 ème arrondissement de Paris.

La base accueille alors l’état-major de l’Armée de l’Air  et notamment le CDAOA (Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes), responsable de la veille permanente de l’espace aérien national, mais aussi du suivi de toutes les opérations aériennes en cours.

 

Crée en août 1964, le Centre de Transmission de l’Administration Centrale (CTAC 00.817), est relié aux stations situées à Etampes (émission) et à Chartres (réception). La Base aérienne 117 , sera dissoute en 2015

Le jeune sergent Michel COTTEREAU arrive donc au « Ministère » pour sa première affectation . Il est breveté 44 44.

Balard 1970
Sa mission gérer : le volet technique  des communications radio / transmissions entre les centres d’Étampes et de Chartres. et le  commandement état major, Armée de l’Air au travers des équipements , sonorisation, prise de sons etc…

Michel a gardé ce caractère un peu rebelle qui lui va si bien . Un bon matin il est en intervention dans le hall principal du ministère. Juché tout en haut d’une échelle, il est affairé à passer un câble de sonorisation . Soudain surgit un gendarme de l’ air :complètement affolé :

– « Cottereau dégagez-moi tout çà le Général Valin (1) arrive… ! »… Michel ne se démonte pas : et lui rétorque avec un air goguenard :

(1) Le général d’armée aérienne Martial Valin, est alors chef d’état-major de l’armée de l’Air, compagnon de la libération.

– « Pour une fois que quelqu’un travaille dans cette maison.. !  Vous n’allez pas etc … »

Ce que Michel ne sait pas, c’est que le général a capté son échange avec le gendarme . Lorsqu’il le réalise sa bévue, il voit le général s’éloigner imperturbable Michel se dit alors:

 

«  Aie… ! Je vais en  entendre parler ». Effectivement l’après-midi, Michel est convoqué par l’aide de camp du général. Il est quand même inquiet (en langage arpète : il balise). L’officier qui le reçoit lui apprend qu’il a reçu pour mission du Général Valin de « s’occuper de Cottereau.. ,».  Ce que se sont dit les 2 hommes Michel ne le dit pas, Par contre c’est cet incident, il le comprendras beaucoup plus tard, qui va permettre à Michel  de se faire remarquer par le gotha de l’Armée de l’Air.  Sa personnalité n’a pas échappé aux officiers de l’État Major.

 

A Balard , la vie sociale s’organise.. Michel fréquente  une bande de copains , garçons et filles avec qui il aime sortir. Nous sommes à Paris et tout comme aujourd’hui les distractions  et plaisirs ne manquent pas pour qui veut bien s’en occuper. C’est au sein petite bande que Michel se rapproche de Chantal, jeune sergent PFAA.  Une idylle naît, elle n’aboutira pas, Aujourd’hui, Chantal est mariée et maman de 2 enfants. A mes questions, Michel reste discret sur cette relation,  il en sourit même.

Il prend alors la décision de s’inscrire à la préparation science ex ( CNTE de Vanves) et au cours du soir : Son objectif  se présenter à l’écrit du concours EMA (École Militaire de l’Air) Au delà de cette démarche, Michel ne fait que suivre les recommandations qui lui ont été faites à l’état major quelques mois plutôt.

 

Le côté rebelle de Michel lui joue quelques vilains tours avec sa hiérarchie directe  Son colonel s’est mis dans la tête de faire rentrer ce brillant élément dans le rang histoire de …

Michel se retrouve muté à Étampes.  Cette décision lui pose de sérieux problèmes pour suivre ses cours du soir qui se déroulent dans Paris ( Voiture+ train + gare d’Austerlitz) Son colonel lui a bel et bien mis les bâtons dans les roues… Devant cette situation, d’aucuns auraient jeté l’éponge. Au contraire, Michel ne cède pas , il estime avoir été victime d’une décision injuste et va s’en ouvrir à l’aide de camp du Général Valin qui en informe sur le champ son supérieur… La réponse ne se fait pas attendre :                  – « Cottereau, ou on vous mute, ou on mute le colonel… ! »

 

Pour l’état major, il fallait donc trouver un poste à Michel : soit à Salon 44 44, soit à Mont de Marsan 44 44, afin qu’il puisse continuer sa préparation au  concours EMA. Le Général Mitterand crée une ouverture de poste dans ces 2 bases et demande à Michel de poser sa  demande de mutation par voie directe. Michel obtempère…

Il reçoit un avis défavorable tant de son capitaine que de son colonel…

 

Finalement devenu entre temps S/C  Michel est muté à Mont de Marsan.

Stage Rochefort fin 1976
Nous sommes en  1976. Michel a 25 ans, il est sous statut SOC,(sous-officier de carrière) et est nommé adjudant et peaufine sa préparation au concours  EMA  Michel obtient un classement honorable à ce concours, il est admis. A ce moment là, ses amis, sa hiérarchie, voient en Michel un possible officier promis à une brillante carrière.

 

Coup de théâtre « Michel Le Rebelle» se réveille, il se dit alors : « Ce n’est pas ce que je veux… ! ». L’appel  de la vocation est toujours là. La question se pose. Il prend une décision difficile à comprendre pour son entourage : « Je ne serais pas officier mais prêtre »  Michel échouera volontairement à l’oral du concours.

Michel reste à Mont de Marsan sa non réussite au concours pose question. Nous sommes en 1980, Michel a 29 ans. Pour lui, le choix se pose clairement : Ou tu deviens prêtre ? Ou tu te maries avec des enfants ? Il devient responsable du Centre de transmission de Mont de Marsan (S.T.B).il s’installe alors dans la  vie militaire.

Lors d’une inspection technique de l’Etat major à Mont de Marsan, il retrouve son « colonel de Balard » devenu général :

– « Alors Cottereau, que devenez-vous ? »

Entre les 2 hommes, une discussion s’engage. De fait l’inspection technique du ministère passe au second plan … au grand dam de la hiérarchie locale qui s’inquiète :

– « Mais Cottereau qu’est-ce vous avez bien pu lui raconter, que se passe-t-il ? On … »

Michel vient simplement de clarifier les choses avec l’artisan de sa mutation « scélérate » à Etampes. L’adjudant Michel COTTEREAU partage alors son temps entre le travail et l’aumônerie de la base. Dans son fort intérieur, son choix est fait, il s’ensuit une discussion avec ses parents.

 

De retour à Saintes, il prend contact avec un prêtre à La Rochelle. Ce dernier  le met en contact avec le vieil évêque du diocèse… qui le reçoit,… dans sa voiture.  Pour toute réponse, le prélat s’inquiète seulement de savoir si ses parents ont bien les moyens  de subvenir à ses études au séminaire.Michel ressort déçu de cet entretient, il s’en retourne à Mont de Marsan .

« Michel Le Rebelle» n’est pas homme à renoncer. Nouveau passage à Saintes, il va voir son curé à l’abbaye aux Dames. Michel fait un pas de plus vers  sa vocation sacerdotale. Il entre en contact avec Mgr Favreau le nouvel évêque de La Rochelle.Une autre forme de dialogue s’installe. Cette fois-ci c’est l’évêque qui descend à Saintes pour une matinée de discussion.

Nous sommes en 1980. « Notre arpète » est alors à 3 ans de la la retraite  proportionnelle des 15 ans.Les responsables du séminaire lui conseille d’attendre cette échéance. A cette époque, Il est accompagné spirituellement par un prêtre de Mont de Marsan. En septembre 1983, Michel participe  à une journée libre de bible au séminaire de Dax . C’est le déclic :

– « Je pose 2 années de congés sans solde ! »

Michel se souvient du Général Valin, il monte à Balard pour pouvoir le rencontrer Le général lui dit :

 

« J’avais perçu quelque chose en vous, mais je ne savais pas ce que c’était.. ! »

A la fin de ses 2 ans  de séminaire, l’Armée de l’Air recontactera Michel pour le réintégrer

1985  Michel rentre en stage en alternance, rattaché à la paroisse de St Jean d’Angély.

Le 25 septembre 1988  il est ordonné Diacre.

 

30 avril 1989, jour de joie incommensurable  pour « l’arpète » Michel  COTTEREAU il est ordonné prêtre à la cathédrale St Pierre  de Saintes.  Tous les copains de l’Armée de l’Air sont là, qu’ils soient militaires ou civils Le Colonel commandant la base de Saintes «  Juju » la famille …

A l’école (Paban), tous les Arpètes sont en vacances sauf un qui assiste à son ordination, il s’appelle Mickaël, il est breton. Mickaël n’avait pas voulu se rendre en vacances chez ses parents il avait préféré rester à la base pour participer à l’ordination .Simple, coïncidence, signe du destin? aujourd’hui Mikaël est prêtre dans le diocèse de La Rochelle…

 

Père Michel Cottereau 1 Père Michel Cottereau 2 Père Michel Cottereau 3

Le père Michel  COTTEREAU, sa vie d’ecclésiastique ;

Michel passe 1 an à St Jean d’ Angély comme prêtre puis il est affecté au Château d’Oléron (7 ans) à Nieul sur mer (11ans) Aujourd’hui curé de l’île de Ré (7ans) , Michel a la  charge de 10 paroisses.

2005 Michel a 54 ans, à la suite d’un banal contrôle de santé, Michel apprend qu’il est atteint d’un cancer avancé de la prostate. Il doit subir une opération chirurgicale suivi d’un traitement par radiothérapie.

 

Nous échangeons alors sur sa maladie, il me dit alors :

C’est une aventure physique, c’est un crabe qui te ronge de l’intérieur, il y a un combat à livrer. C’est aussi une aventure spirituelle… et Michel de dire à Dieu :

 

« Je te donne ma vie au travers de mon ministère, maintenant c’est à toi d’en faire ce que tu veux

–      si tu veux que çà dure, guéris moi.

–      si tu veux que je rentre à la maison du Père et bien voilà je suis prêt.

 

Je lui demande alors si je peux faire état de cet échange dans le « papier » le  concernant. Il me répond qu’il le souhaite pour redonner espoir  à ceux qui sont frappés par cette terrible maladie.

Nous nous quittons alors en nous promettant de nous revoir bientôt … sous le soleil de l’île de Ré.

Père Michel Cottereau curé de l'ile de Ré

 

Dominik HERMOUET P 53

Président de la section AETA Bretagne

Dominique HERMOUET