Emile Martin (Jeune)LCL Emile MARTIN

Emile Martin est né le 11 décembre 1917. Le 1er octobre 1934, il intègre l’école des Apprentis Mécaniciens de l’armée de l’air à Rochefort (Charente-Maritime). Breveté supérieur spécialité « Mécanicien Avion » en octobre 1936, sa première affectation à l’École de Perfectionnement au Pilotage de la base aérienne 251 d’Etampes-Mondésir conduit sa carrière militaire : le simple soldat de 2ème classe y découvre trois autogires. Employé sur ces matériels, il vole comme passager à plusieurs reprises. Muté à Istres il reçoit de plus le macaron « mitrailleur en tourelle d’avion ».

À la fin de la guerre, Emile Martin est officiellement sergent-chef  et officieusement, sous-lieutenant résistant. Affecté comme mécanicien automobile en Algérie, il demande à revenir sur avion au moment où l’armée de l’air cherche à former ses tout premiers mécaniciens hélicoptères pour l’Indochine. Il retrouve un ancien d’Istres, le capitaine Santini, chez Hélicop-Air au cours d’un stage sur Hiller 360, puis enchaîne un autre stage sur WS-51 chez Westland en Angleterre. À l’issue, il rejoint l’Indochine. Il fait partie de la délégation qui se rend en Corée via une base américaine au Japon, fin 1953, pour évaluer les sept derniers S-55 (H-19) mis à la disposition de la France par les USA après le cessez-le-feu de la guerre en Corée. Affecté à l’état-major de Saigon en 1954, il est en charge de la maintenance des hélicoptères des deux escadrilles d’Indochine et des approvisionnements en pièces de rechange. Il est ensuite nommé Chef des moyens techniques de la 65ème Escadre d’hélicoptères. Son investissement au profit des formations hélicoptères d’Indochine est alors particulièrement remarqué.

À la fin de son séjour indochinois, il effectue un bref passage sur avion au sein de l’Atelier de Maintenance et Réparation de Rabat au Maroc. Mais, du fait de ses compétences sur hélicoptère, il ne reste que deux mois au Maroc pour être affecté comme officier mécanicien à la toute nouvelle Escadre d’hélicoptères n° 2, placée sous les ordres du  lieutenant-colonel Brunet, autre Apprenti Mécanicien, de deux ans seulement son ainé.

Emile Martin (Vieux)Le lieutenant-colonel Brunet l’enrôle dans les essais d’armement du H-34. Si Félix Brunet a été le concepteur du H-34 armé, le capitaine Emile Martin l’a réalisé. Confrontées à d’importants déficits en matériel, les qualités du capitaine Martin font merveille et conduisent à la naissance du prototype du H-34 « Mammouth », puis à son homologation. Symbole d’une réussite exemplaire, soixante-dix hélicoptères seront armés, à la demande, dans l’armée de l’air jusqu’en 1973. L’idée sera copiée par plusieurs armées dans le monde.

Cet entraineur d’hommes allait régulièrement sur le terrain en détachement ou pour les dépannages, encourageant et aidant ses ouailles. Il demandait beaucoup et donnait de même, familier et bourru.

Après l’Algérie, le capitaine Martin prend le commandement en second de l’Entrepôt de l’armée de l’air n° 602 de Romorantin. Commandant en 1964, il prend sa retraite avec le grade de lieutenant-colonel de réserve. Officier de la Légion d’honneur, il arbore de nombreuses autres décorations, dont celles de la Croix de guerre TOE, de la Croix de la valeur militaire, et de la Croix du combattant. Entraîneur d’hommes ne ménageant pas sa peine, demandant beaucoup, mais rendant la pareille, le lieutenant-colonel Martin a incarné, à la perfection, l’archétype de l’officier mécanicien des hélicoptères de l’armée de l’air.


Souvenirs du H19 et H34

H34Le H 34, plus puissant que le  H 19, va permettre au colonel Félix Brunet, aidé de son chef mécanicien le lieutenant Émile Martin, d’aller au bout de son idée. Émile Martin, absent pour raison de stage,  avait suivi de loin l’aventure du H19 armé.

Le H34 n° 002 arrive à l’EH 2 d’Oran le 9 avril 1957 en provenance du CEV Sud Aviation. Il sert de banc d’essai.

Il n’y a pas de matériel.

« Crassou leader, débrouille-toi » dit le colonel Brunet au leader mécanicien.

Émile Martin emprunte trois mitrailleuses  « Browning » calibre 50 en court de réforme, à l’escadre de Chasse, pour être montées aux fenêtres : deux à bâbord, une à tribord. On cherche un canon. L’État-major à Alger interdit aux deux hommes l’accès des armureries susceptibles de fournir du matériel pour leur dessein.

Émile Martin trouve chez les marins de Mers el Kébir un canon allemand : le MG 151 dont l’effort de recul est moindre que d’autres armes équivalentes (700kg contre 1400).

Pour les supports et affuts, pas de tôles… Une ancienne citerne à carburant allemande fait l’affaire. Découpée, l’enveloppe est aplatie avec un rouleau compresseur.

Félix vient chercher Mimile très tôt le matin avec sa voiture pour gagner du temps.

«Crassous, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit Félix dans la voiture.

–       Je n’ai pas de souci de propriété, lui réplique Mimile, encore endormi »

Résultat : une claque, amicale certes, mais claque quand même.

Un ensemble de six bazookas est installé côté droit. Un deuxième essaim de quatre LRAC pivotant et rechargeable en vol est ajouté. Côté gauche, on avionne un panier de douze roquettes et six bazookas. L’armée de Terre prête son concours.

Début juillet 1957, devant le général Jouhaud et autres autorités venues de l’ALAT, de l’Aéronavale, correspondants Sikorsky et Sud Aviation  réunie par le colonel Brunet, le H34 armé est présenté en vol par le capitaine Pierre Marraud commandant de l’EHL 2/58, sur le champ de tir de la Sebkha d’Oran à Sidi Messoud.

Le lendemain, Félix Brunet reçoit un papier officiel. Il le montre à Émile Martin: «Crassous,  regarde la récompense » : 60 jours d’arrêt de rigueur pour lui et 20 pour Emile Martin. Le Général Jouhaud somme le colonel Brunet de rendre  cet appareil à sa mission : le transport. Le commandant Sagot, plein de diplomatie, calme les deux hommes. Il est le garde fou. Le Colonel Brunet monte à l’État-major à Alger et défend son projet. Il convainc. Il obtient le feu vert du Général Jouhaud. L’hélicoptère armé voit le jour officiellement et, accessoirement, la sanction n’est pas suivie d’effets.

Le 1er novembre 1957, le « Mammouth » reçoit un impact lors de sa première mission.

À Timimoun (Boukrelala), le N° 002 se pose en urgence suite à une défaillance du moteur. Après l’échange de celui-ci, le nouveau moteur grippe au cours du vol d’essai. Le H 34 est accidenté le 14 décembre et réformé à 234 heures de fonctionnement. Le sergent Delenne, mécanicien navigant, décède dans l’accident.

Le N° 447, pris en compte le 23 avril 1957, est armé avec les éléments récupérés sur l’hélicoptère crashé. Baptisé « sergent-chef Delenne », il est disponible au début février 1958.

Du 1er avril au 29 octobre 1958, un seul H34 est armé, à l’EH2 en Algérie (Oran).

L’armée de l’Air décide de doter ses deux escadres de H 34 armés.

Félix Brunet expérimente d’autres possibilités au niveau des LRAC et d’un lance-bombe Alkan.

Les ingénieurs de Sud Aviation tempêtent. On ne garde que les armes de sabord.

Outre le blindage, on présente quatre versions :

– trois mitrailleuses 12,7mm et un canon de 20mm MG.151 sur affut,

– trois mitrailleuses 12,7 mm et deux de  12,7 mm jumelées sur affut,

– trois 12,7 mm et un montage de trois 7,5 mm sur affut,

– Deux 12,7 mm, une 7,5 mm et le canon sur affut porte droite.

La première version est choisie.

Le canon de 20 mm MG 151, alimenté par bande, tire à une cadence de 700 coups/min et une portée efficace de 1500 à 2000 m. Il pèse 42 kg.

Des défaillances du canon de l’arme sont notées, mais il peut être changé en vol

L’affut du canon est monté sur un « pot de fleurs » renversé lequel est fixé sur une platine fixée sur le plancher du cargo. Le tout pèse quelques 200kg.

La mitrailleuse Browning, calibre 12,7 mm, alimentée par bande, tire 1200 coups/min efficaces de 1200 à 1500 m. Elle pèse 28 kg.

La technique en vol consiste à localiser l’objectif, le différencier des troupes amies et, sur ordre du commandant de bord, chef de tir, de maintenir sous le feu l’ennemi avec les armes de tribord (canon et mitrailleuse), faire un renversement et un second passage avec les mitrailleuses de bâbord pendant que le 3ème tireur recharge, désenraye ou change le canon de l’arme  à tribord.

Félix Brunet fait installer un rétroviseur à ses pieds pour contrôler la vigilance des hommes dans le cargo durant les vols de transit.

Heureusement, en vol, le gilet pare-balle l’empêche de descendre dans la soute pour corriger ces hommes d’équipage. Ces protections coincent les pilotes dans leur pigeonnier. Il est pratiquement impossible de venir se soulager dans le cargo, si ce n’est l’entonnoir que le mécanicien passe en vol.