Jacques LEVEQUE entre à l’école de Saintes le 19 avril 1966. Il est né au lieu dit les Loges à 87100 St JUNIEN. Son papa Joseph est militaire de carrière, engagé dès l’âge de 17 ans . Sa maman Lucienne est mère au foyer. La famille compte aussi une sœur aînée Jacqueline  qui deviendra institutrice et un frère Didier.

En l’absence de son papa accaparé par les opérations militaires extérieures, la famille est domiciliée au quartier St Georges à PERIGUEUX. Pendant les vacances scolaires,  chaque été, Jacques retrouve la ferme familiale  de son Limousin natal. Il reçoit une éducation chrétienne et adhère dès l’âge de 9 ans aux « Louveteaux ».

Jacques souhaite devenir ébéniste.  Il est aussi passionné par l’aéromodélisme et construit  son premier avion en balsa.  Il économise ses maigres « petits sous » pour acheter des pièces et autres matériels. Attiré par l’aéronautique, c’est la visite du salon du BOURGET en septembre 1964 qui décidera de sa future  orientation. Il y découvrira  le Balzac 001 en démonstration,  seul prototype d’avion à décollage vertical. L’avion à sustentation s’écrasera devant la tribune d’honneur.

En décembre 1965, il passe le concours  d’entrée aux arpètes avec la ferme  intention de devenir navigateur, à défaut d’être pilote  parce qu’il souffre d’une légère myopie.

Le 19 avril 1966, Jacques débarque à Saintes par le train. Il est accompagné par son père Joseph . Cet matin-là,  pour la première fois de sa vie , il découvre la mer à la hauteur d’YVES entre CHATELLAILLON et ROCHEFORT.

Joseph LEVEQUE le suit jusqu’au « magasin général d’habillement » Les habits civils dans une main, le paquetage dans l’autre, son papa  découvre son fils habillé dans un treillis militaire PNNS tout neuf. Il essuie une larme. Sans doute se revoit-il  à 17 ans, le jour de son propre engagement. C’était  en mai 1941, 25 ans plutôt. Son papa l’accompagnera jusqu’au perron du T7, à l’ombre de « Rosalie ».

Jacques découvre alors un  nouveau style de vie  qui lui convient totalement. En bon élève appliqué, chaque semaine, il écrit une lettre à ses parents. Cette nouvelle vie d’étudiant le comble.  Avec les camarades de classe, les relations sont excellentes.  Il apprécie les cours, heureux d’avoir des résultats convenables, me dira-t-il.

Curieusement, contrairement à ses autres collègues, il évoque peu la période bloquée de  3 semaines  consacrée à l’instruction militaire de  base.

Pourtant,  l’un de ses collègues de classe, Jean-Jacques JOURDAIN, est venu me parler du  premier fait marquant de cette période d’avant cours :

– « Nous avons été confié à l’équipe d’éducateurs. Ils se sont empressés de nous protéger. Ils nous ont envoyés à l’infirmerie Nous avons découvert le T.A.B.D.T… »

Par contre, Jacques se montre très élogieux vis à vis de son éducateur de la classe 1, le S/C  Henri BAUDET :

– « Un sous-officier humain, plus père de famille que dictateur d’une loi sévère pour nous les jeunes adolescents… Chrétien,, souvent en recherche avec son épouse pour trouver les solutions à nos problèmes. Exigeant mais juste, il a, je pense, laissé un bon souvenir à tous les gars de la classe 1, voire de la promo. »

Et Jacques de préciser : Ces cours, ce type d’enseignement se sont avérés être pour moi une formation qui me nourrit .

Le dimanche matin, Jacques adore faire un footing autour de la base notamment avec son camarade TAMISIER dit «Tam-Tam ». De temps en temps , il remonte  au N7 en classe pour aider les copains qui ne connaissent pas sa réussite . C’est sa façon  de rendre service.

A l’époque, il n’y a pas d’activité aéromodélisme à l’école (créée avec la P54). Sans club, il  réalise un avion à vol circulaire dans sa chambre.  Avec l’autorisation du chef de promo,  l’aéronef est stationné au dessus de son armoire.

N.D.L.R : Les effectifs de la P52: 553 candidats se  sont présentés au concours. 233 ont été retenus. A la fin des 2 années, 156 ont été admis à Rochefort, soit une perte d’environ 33% . Ce chiffre est à répartir entre les départs volontaires, les raisons médicales et les redoublements et peut-être quelques incivilités …

Un souvenir a marqué les esprits: La grève de la faim !!! Un fourrier pas très malin  le caporal-chef « Zébulon » organise des revues de paquetage à répétition Les arpètes se fâchent. Pour protester contre cet excès de zèle, ils refusent de s’alimenter.  Au réfectoire les assiettes restent vides.  L’état major entre dans la danse et menace de renvoyer les chefs de chambre à la vie civile si …

Classe 1 : debout, 3ième droite Jacques Lévêque dit « Béni », 5ième droite Jean-Jacques Jourdain dit « Le Belou » qui précise:

« Notre ami Jacques L. était classé dans les bons : Major de Promo s’il vous plaît ! »

1968  Rochefort. Sa promotion (dont la réputation a été impactée suite à différents chahuts  qui ont ponctué la vie de la promotion à Saintes ) a été repérée comme une promo de contestataires,  certes,  à tort ou à raison.  A Joinville ils sont attendus comme des « loups au coin du bois » Qui plus est,  le décor n’est pas somptueux  dans cette caserne d’un autre temps.  Par contre, Jacques trouve que l’on y dispense un enseignement de qualité. Il se régale .Au niveau des résultats, ils sont identiques à ceux de Saintes.

Nous sommes en avril 1968.  Mai 1968 arrive, Jacques se souvient d’avoir fait sa  première garde avec la MAT 49 et un chargeur équipé de balles réelles.  A la base de Soubise,  il éprouve l’impression de rentrer dans le concret autour des engins Matra.

C’est aussi l’époque où il passe son permis de conduire sur Renault 10 . un excellent souvenir: – « La monitrice était si charmante… ».  Nous ne saurons pas la suite…

1969 TAVERNY (C.R.A.T. 20/802) En mai 1969, toujours PDL, il est muté à TAVERNY (C.R.A.T. 20/802) avec 5 autres collègues et y découvre une vie nouvelle . L’affectation commence par un cursus de formation de 6 mois.

En cours de stage, ils apprennent que certains d’entre eux seront réaffectés sur d’autres sites . Fini la vie parisienne et les escapades au quartier des Halles.

Alain François, Jacques Lévêque et Jean Garnier (Arpète de Nîmes dit Jeannot),  resteront dans le trou de Taverny.

Jean-André Banach, Robert Skrzypek et Jean-Jacques Jourdain  rejoignent la ligne Maginot pour créer le Raid (Relais Automatique d’Informations Digitales) au Fort Jeanne d’Arc sur les hauteurs de Gravelotte.  Lorsqu’ils sont  arrivés, tout était à installer, seules les cloisons du fort (supérieures à 2 mètres de béton) avaient été détruites. Toute une histoire qui est, hélas, terminée.  Le site est aujourd’hui désaffecté.

La particularité du site de TAVERNY fait que le travail s’effectue par astreintes postés avec récupérations. Jacques en profite pour s’inscrire, comme beaucoup d’autres à l’époque, aux cours du C.N.T.E. de Vanves .

1971 un grand cru. Parallèlement  à son activité professionnelle Jacques suit les  cours du C.N.A.M.( Centre National des Arts et Métiers) tout comme ses deux complices et amis Alain François, et Jean Garnier. Les cours ont lieu le samedi ou le soir en semaine, il leur faut alors jongler avec les impératifs du service. La hiérarchie les encourage et facilite leur démarche. Les virées nocturnes dans Paname  du côté des Halles ou de Montmartre pigmentent leur quotidien … Jusqu’à ce 10 avril 1971 où Alain débarque avec Jacques sur « son porte-bagage » du côté de St Bris des Bois. Cet après- midi -là, avec la bénédiction de Juju ( Le Père JUHEL ) Alain épouse Marie-Claire. D’aucuns vous diront, encore aujourd’hui, que le prêche du « Padré » fut remarquable. Le garçon d’honneur s’appelle Jacques, la demoiselle d’honneur Sylvette ( sœur de Marie-Claire, la mariée).

Le 29 décembre, toujours en 1971, on remet le couvert. Cette fois-ci,  on marie Jacques et Sylvette. Jeannot est le témoin du marié et Alain de la mariée. Le trio est reconstitué.

1972-1973 Nanterre. Le jeune couple s’installe à Nanterre où Sylvette vient d’obtenir sa mutation comme institutrice, Cette année là, une petite fille rieuse vient embellir la vie du couple : Sabine .Sa jeune épouse fait alors découvrir à Jacques l’art de transmettre le savoir. Jacques est séduit. Il ne sera pas ingénieur mais professeur.

En 1973, Jacques se présente en «candidat libre » au baccalauréat série STI, diplôme qu’il obtiendra avec succès et lui ouvrira bien des portes quelques années plus tard.

Jacques continue ses allées et  retours Nanterre-TAVERNY et les cours du C.N.A.M. Il cumule avec succès les unités de valeurs et valide la formation de physique informatique  1er cycle.  C’est un premier résultat. Dans la foulée, Jacques présente le concours de P.T.E.P. ( professeur de l’enseignement technique professionnel électronique). Pour mener sa nouvelle démarche, il obtiendra un prolongement de contrat d’une année dans l’Armée de l’Air. Jacques la quittera en avril 1974.

1974  Le professeur Jacques LEVEQUE. Le concours se solde par un premier succès. Il entre en formation pour une période de 2 ans et devient alors professeur stagiaire. Après bien des émotions et turpitudes de la commission mutation éducation nationale,  finalement, il est affecté au Lycée Technique Bernard Palissy de Saintes.  C’est un retour en terre « Arpète ». Par le biais  du système de la mutation du conjoint, Sylvette retrouvera son poste à Saintes, là ou elle avait débuté.

1977 Jacques au Lycée Bernard Palissy de Saintes. L’arpète prend conscience que la « grande maison » (Éducation Nationale) cumule quelques lacunes vis à vis des méthodes et  moyens pédagogiques dans son secteur d’activité. Elles sont développées depuis des lustres dans l’Armée de l’Air.

La  famille s’installe à La Maison-neuve  entre St Bris des Bois et Brizambourg.  Ses effectifs s’ accroissent et passent  de 1 à 5. Après Sabine en 1972, Adélaïde naît en 1977, suivi de Clémence en 1979, enfin Anaïs  en 1986.  Florestan  le petit dernier, qui ne sera pas arpète,  ferme la marche en 1989. La famille vit au travers de la scolarité et des passions multiples des enfants.

Les parents s’engagent dans la vie locale, tant associative que municipale ou paroissiale. Ils construisent leur propre maison aux Chômies. Jacques, grâce à ses talents d’ébéniste et à son petit atelier en fera les fenêtres , les portes et la charpente. La musique connaît un franc succès au sein de la famille Lévêque :  de la flûte traversière au violon, en passant par le saxo, le piano, la guitare; Les jours de grande fête,  Florestan n’hésite pas à prendre la baguette pour diriger ses sœurs. La famille  s’improvise alors en orchestre.

Le rêve d’enfant, c’est celui de Sabine, l’aînée.  Elle  amorcera la nouvelle orientation de la famille.  La petite histoire nous dit qu’un  jour, du haut de ses 3 ans, elle refuse de descendre de la selle d’un cheval où un ami du voisinage l’avait juchée . Un peu plus tard, ses parents prendront conscience de cette attirance pour les équidés. Du coup elle leur fera  acheter un magnifique poney shetland  Gris et Blanc nommé JUMBO pour ses petites sœurs… La vocation s’installe, Sabine a  alors 12 ans. C’est aussi Sabine qui incitera toute la famille à pratiquer l’équitation au sein du club hippique de Saintes, papa, maman en tête…

1990 Jacques  prépare sa seconde reconversion. En 1990, la première poulinière débarque à La Maison-neuve . Dans le même temps, il pratique l’équitation, se passionne pour cette activité et devient secrétaire  du Club hippique de Saintes.

C’est à cetitre, dans les années 1993, 1994 qu’il fera la connaissance du colonel SCHREIBER commandant de notre chère école , un autre passionné d’équitation.  Avec son appui sera organisé  un concours d’équitation (jumping) sur la base près du camp-sud.  L’entrée se fera côté N 137 par un petit chemin après la station d’épuration. Ce jour là , on peut dire que notre arpète est revenu à Paban sur son cheval ( fait unique dans les annales de l’école) .

Jacques est toujours enseignant à Bernard Palissy et Sylvette directrice d’école à Saintes. Ils ont alors 40 et 39 ans. Le petit élevage démarre au rythme d’un poulain par an. Là aussi les effectifs vont croissant.  Puis une seconde poulinière arrive.  En 1995, 8 équidés vivent à La Maison-neuve tous montés régulièrement par Jacques et les enfants. De fait le club hippique  a été transféré dans la famille.

2002 Nouvelle orientation. Jacques et Sylvette prennent la décision de professionnaliser leurs activités équestres. Sylvette quitte alors l’éducation nationale, s’inscrit à la M.S.A. (Mutualité Sociale Agricole)  comme chef d’exploitation élevage équin. Autour du concept:  Un rêve d’enfant, une passion d’adulte, une  aventure familiale…  tous deux  créent              « L’élevage des Chômies » Jacques  est toujours enseignant.  Le week-end, pendant les vacances, il aménage  l’ancienne scierie des parents de Sylvette, y installe des boxes et crée de nouvelles écuries. Le voilà devenu maçon. Il fait équiper les bâtiments de panneaux photovoltaïques.  La petite entreprise prospère.

Dans le même temps, il devient expert pour les opérations de mis à bas des poulinières . Opération ô combien délicate. Gynéco (équestre ) des Chômies, il assure le suivi sanitaire des chevaux, les soins vétérinaires. Les piqûres complètent son emploi du temps de prof.  Pour gérer cet édifice familial, Sylvette tient les cordons de la bourse et assure les relations avec les clients, tâches qu’elle assure encore aujourd’hui.  Cet « attelage familial » fera merveille. Jacques finira par quitter lui aussi  la « Grande Maison ». Ne lui parlez pas retraite, il n’apprécie guère … Il préfère s’investir chaque jour davantage dans l’éducation… de ses chevaux . Par ailleurs, à la maison, comme à l’extérieur, il répare tout, rien ne lui résiste. Son sobriquet, de « Béni » chez les Arpètes, est devenu pour ses petits enfants (9) « Macguyver ».

Un soir d’hiver,  si vous passez près des Chômies,  vers 20 heures,  après le pansage, vous repérerez facilement une «carrière» éclairée par de puissants projecteurs. C’est la nouvelle salle de  classe de notre «Jacquou ». Chaque soir en selle, en tenue de cavalier, il enseigne à ses futurs champions: le trot, le galop et le saut d’obstacle.

Curieusement, ce sont les 2 petits jeunes de la fratrie qui ont pris le relais:

Anaïs, jeune prof de sciences, instructrice issue  de la formation à l’ Ecole Nationale d’Equitation  du Cadre Noir de Saumur. Cavalière professionnelle et championne de France de Jumping installée à Gorre près de St Junien dans le 87… en terre natale . Cet  établissement fonctionne en symbiose avec Les Chômies: Les écuries des Sous. http://www.ecuriesdessous.com/

Florestan est moniteur Fédéral National et cavalier en charge de la valorisation  des produits des Chômies . Il termine aujourd’hui les installations d’un Centre Equestre sur une surface de 3 ha  avec un objectif :  l’accueil des enfants handicapés

http://levequeflorestan.wixsite.com/elevagedeschomies/contact

Epilogue

Le  5 juin  à l’initiative de Jacques Morel ( classe 8, P52) une délégation élargie  a été reçue aux Chômies par Sylvette et Jacques Lévèque

Petit clin d’oeil aussi aux anciens « arpètes scouts » de St Bris des Bois des années 1967, 1968, 1969: Daniel DUBREUCQ dit « Dadou», Michel MOREL, Guy ANTEQUERA, Jean Claude TOURRE P 51, mes 2 fidèles complices Alain FRANCOIS  et  Jean- Jacques JOURDAIN retrouvés 45 ans plus tard grâce au travail de bénédictin opéré par Dominique et Jacques Morel.  Tous ont retrouvé le chemin de La Maison-neuve et de merveilleux souvenirs.

Petit clin d’oeil à « Juju » notre très cher padré  et un grand merci au S/C Henri BAUDET ,à l’adjudant SCORDINO et aussi à Jean GARNIER  dit « Jeannot », le fidèle (Arpète de Nîmes).

Dominik HERMOUET P 53