Le décret du 9 juillet 1932,

L’école des Mécaniciens de l’Armée de l’Air a, sous différentes formes, plus d’un siècle d’existence. Créée en 1916 et installée initialement dans la région bordelaise, elle est transférée à Rochefort en 1932, dispersée en 1940, reconstituée à Agadir et à Chambéry pendant la guerre, puis finalement regroupée de nouveau à Rochefort à partir de 1945.

I – La période 1916 à 1932 :

 

A sa création, l’école est installée au camp GUYNEMER, en banlieue Nord de Bordeaux, dans des baraquements provisoires, sous le nom de « Centre de Perfectionnement des Spécialistes de l’Aviation».

En 1920, elle se transforme en «Centre d’Instruction des Spécialistes de l’Aviation» (C.I.S.A.). L’école recrute directement des engagés pour une durée de 4 ans. Ils suivent un cours préparatoire de six mois, puis un cours de spécialisation également de même durée.

L’instruction est sanctionnée par un « Brevet supérieur de mécanicien », accordé après examen. Il est bientôt décidé que tous les futurs mécaniciens effectueront à Bordeaux le stage de spécialisation.

Les besoins en mécaniciens de l’aviation militaire deviennent bientôt tels, que l’école de Bordeaux, dont la capacité était d’environ deux cents élèves, ne suffit pas à les assurer. Il faut alors faire appel à trois écoles civiles provisoires.

  • L’école HANRIOT, 207, Boulevard Saint Denis à Courbevoie.
  • L’Aéro-club du Gard, 25, Rue Charlemagne à Nîmes.
  • L’Union Lyonnaise, 34, Rue du Repos à Lyon.

Dans ce contexte, le Corps des Mécaniciens s’avère assez hétérogène. La Direction de l’Aviation Militaire examine rapidement les possibilités de mise sur pied d’une École unique de formation des mécaniciens.

La question est mise à l’étude dès 1928, lors de la création du Ministère de l’Air. Le choix se porte sur la ville de Rochefort, où fonctionne déjà l’école des Mécaniciens de l’Aéronavale. Le projet initial prévoyait l’installation de l’École dans les locaux de l’arsenal,  devenus vacants et le logement du personnel à la Caserne Martrou. La nécessité de locaux mieux adaptés apparaît bientôt et la construction d’une École moderne, sur le terrain de Soubise, est décidée. Le projet définitif est approuvé par le Ministre de l’Air en avril 1931.

Le 9 juillet 1932, M. Albert LEBRUN, Président de la République, signe le décret portant création de « l’École des Apprentis Mécaniciens de l’Armée de l’Air de Rochefort », création déjà autorisée par le Parlement, dans l’article 118 de la loi des Finances du 31 mars 1932. M. Etienne RICHE était alors sous-secrétaire d’État de l’Aéronautique. C’est l’acte fondateur de notre école.

II – La période  1932 -1940 :

Ouverte en 1933, l’organisation de l’École de Rochefort tient compte de toutes les remarques dictées par plus de dix ans d’expérience antérieure. Elles peuvent se résumer succinctement comme suit :

  • Insuffisance qualitative de base du recrutement, avec, comme nouvelle solution, un recrutement sur concours d’apprentis à former sur trois ans (dont un an de spécialisation) et une sélection plus poussée du recrutement des engagés, qui suivront également des cours de spécialisation d’un an.
  • Nécessité d’un éventail de spécialités, avec comme nouvelle solution, la préparation aux brevets supérieurs de : mécanicien avion, électricien, mécanicien d’armement, radio, photographe, mécanicien d’équipement, mécanicien d’aérostation.
  • Mise en place de session de perfectionnement des brevetés supérieurs en vue de l’accès aux fonctions de chef de hangars et d’atelier, sanctionné par le Certificat de Perfectionnement technique (déjà assuré d’ailleurs à Bordeaux).

La capacité de l’École est calculée sur la base d’une sortie annuelle de six cents mécaniciens.

Parmi les « petits nouveaux », l’un d’entre eux connaîtra un destin hors du commun : Eugène GAY P 1934. En 1966, Directeur des études à l’école de Saintes, le commandant GAY sera à l’origine de la création de notre association l’A.E.T.A. (1)

En 1939, les besoins de la préparation à une guerre imminente obligent l’École à organiser une formation accélérée et à augmenter ses capacités par la création d’Écoles satellites à Royan et à La Rochelle. Puis la division des mécaniciens de l’École de l’Air de Versailles s’y replie.

Le 19 juin 1940, l’École de Rochefort est évacuée, sur Perpignan et dissoute le 20 août 1940. Une partie de son personnel, dispersé, se retrouve en Afrique du Nord.

III – La Période de 1940 à 1945:

En 1941, l’École se reconstitue à Chambéry. Son existence est des plus précaires, elle est à nouveau dissoute en novembre 1942, lors de l’occupation totale du territoire par les Nazies.

Début 1943, à Agadir, une École de mécaniciens est créée pour continuer la lutte. Démarche identique à Fès où une école de radios et d’électriciens est installée.

La libération du territoire métropolitain en 1944, permet la remise sur pied de l’École de Chambéry. A Nanterre, s’organise un Centre de perfectionnement des mécaniciens sur matériel allié. (américain, anglais)

La base de Rochefort est libérée en septembre 1944 par un corps franc de l’armée de l’Air. De fait, elle est neutralisée jusqu’à la fin avril 1945. La proximité des poches de Royan et de La Rochelle, où les Allemands se sont retranchés ne permet pas sa réutilisation opérationnelle.

En mai 1945, après un rééquipement sommaire, la reconstitution de l’École est alors possible. Les premiers cours recommencent le 1 août 1945, pour la seule spécialité de mécanicien élémentaire avion moteur. Le nouveau cycle d’enseignement s’inspire des modules de formation de la RAF avec pour support une planification hebdomadaire de 66 élèves, Le cycle de formation dure six mois, Il engendre la présence simultanée de plus de 1600 élèves.

IV – La Période 1945 1955 :

En 1946, les Écoles de Chambéry et d’Agadir sont dissoutes et tout leur personnel, cadres et élèves, est regroupé à Rochefort, où est entreprise la formation des mécaniciens élémentaires d’équipement, photo et atelier.

Pendant ce temps, à Saintes, une École de conducteurs et de mécaniciens auto se met en place dans une ancienne usine Hispano-Suiza.(site de Paban)

En 1948 l’école des spécialistes automobiles de Saintes vit ses dernières heures avant sa dissolution.

L’Armée de l’Air, réorganise alors la base de Saintes qui devient l’annexe de l’école des mécaniciens de l’Armée de l’Air n° 2/721 de Saintes, rattachée à la base de Rochefort.

Au printemps 1949, le commandant VIDAL, Officier des Sports à Soubise, est affecté à Saintes pour préparer l’arrivée prochaine des apprentis de première année. Le commandant de cette « annexe » de l’école devient le commandant de la base aérienne de Saintes mais reste subordonné pour l’instruction à la base de Rochefort.

Une soixantaine d’élèves du recrutement de deuxième année de janvier 1949 à Rochefort, une fois habillés et nantis de leur paquetage, quittent Rochefort pour Saintes. Ils vont assister, et même participer parfois modestement, à la préparation des lieux destinés à accueillir la première promotion d’arpètes. Les P1-1, issus du concours de première année qui, elle, rejoindra Paban directement en mai 1949

Le séjour de ces précurseurs à Saintes aura duré à peine plus de quatre mois. Ils rejoignent ensuite leurs camarades de deuxième et de troisième année à Soubise.

Jusqu’en 1950, la vie de l’École est surtout marquée par la déflation du personnel au sein de l’Armée de l’air, le dégagement des cadres, la pénurie des crédits avec, comme conséquence, une activité réduite à environ 800 élèves.

A partir de 1950, un revirement brutal est opéré. Il est consécutif à la conférence de Lisbonne, qui induit la création de l’O.T.A.N. et les plans de développement de l’Armée de l’air qui en résultent.

En même temps, l’état-major met au point un projet d’organisation du corps des mécaniciens, avec pour objectifs :

Reprise de la formule de l’École d’apprentis d’avant-guerre, mais avec trois entrées annuelles, au lieu d’une.

Qualification du personnel à trois degrés (mécaniciens élémentaires, mécaniciens supérieurs et cadres de maîtrise).

Enrichissement de panel des spécialités; elles se répartissent ainsi : 27 spécialités élémentaires, 13 spécialités supérieures et six spécialités de maîtrise (télémécaniciens non compris).

La mise en œuvre de ce programme se traduit pour l’École par d’importantes charges nouvelles. Toute l’organisation est reprise au travers d’un vaste plan d’infrastructure et d’équipement.

Côté effectifs, le J.O du 8 février 1949 fixe les modalités de recrutement pour l’année 1949. 190 candidats sont reçus au terme d’une sélection assez rigoureuse, 163 d’entre eux, âgés de 15 à 17 ans, rejoignent la nouvelle école annexe le 5 mai 1949.  Ces jeunes arrivent de toutes les régions de France et des anciennes colonies françaises. En gare de SAINTES, ils embarquent dans des camions aménagés en transport de personnes, direction la base école de PABAN.

La P1-1, première promotion « saintaise » est structurée, conformément au modèle militaire de l’époque. Sous les ordres d’un officier secondé par un adjudant de discipline et de plusieurs sous-officiers chefs de section sévissent des instructeurs…

Aujourd’hui, il nous est difficile d’imaginer le ressenti de ces jeunes à peine sorti de l’adolescence. Les conditions de vie, les installations rustiques et précaires, un encadrement hétéroclite rescapé de la guerre choquent les nouveaux arrivés…. Le témoignage de Paul LE NAOUR, AP1, originaire de Concarneau en Bretagne est éloquent : 

« Puis, on nous dirigea vers le réfectoire. C’était une grande salle équipée de tables plus ou moins en désordre, qu’il fallut commencer par ranger sous la directive bien entendu de nos accompagnateurs. Ces derniers, se réjouissaient d’avoir la main mise sur cette bande de garnements qui venaient de leur plein gré s’exposer aux rigueurs de la discipline. Afin d’affiner leur plaisir, ils ne cessaient de nous rappeler qu’à partir du lendemain leur comportement changerait.

Les tables étaient en tôle. Une tôle oxydée, sur laquelle on osait à peine poser nos affaires tant l’état de propreté était douteux. La remarque à ce sujet de l’un d’entre nous, reçut comme réponse : « qu’à partir du lendemain ces tâches de propreté feraient partie intégrante de nos activités quotidiennes ! » La capacité de chaque table était de 8 élèves. Mais pour des raisons de facilité du service elles avaient été couplées de manière à faire le meilleur usage possible des plats dont la contenance était prévue pour 16… et Paul LE NAOUR continue :

Je ne me souviens pas de l’ambiance du repas, ni de ce qui a pu nous être servi. Je ne me souviens pas non plus si j’ai mangé ce soir là. Par contre, je crois me souvenir que les plats ont été rendus sans avoir reçu les honneurs que le « cuistot » attendait. Sa remarque fut d’ailleurs significative de la situation : « lorsque vous aurez faim, vous finirez bien par manger »

Ce témoignage parmi quelques autres, décrit une discipline peu adaptée à de jeunes adolescents. La pédagogie n’est pas de mise. Les loisirs sont rares, il n’y a pas de distractions pas d’activités dirigées pas plus que de sorties en dehors des vacances scolaires.

L’École recrute trois promotions par an, en janvier, en avril et en septembre. La formation dure 2 années, suivie de la spécialisation à Rochefort. Par contre, dans le même temps des recrutements, directs en 2e année, voire en 3e année sont assurés. La 1ère année de formation se déroule à Paban, la 2ème année à la caserne Joinville à Rochefort.

En 1951 Les vieilles casernes de Joinville et Charente, à Rochefort, sont modernisées et occupées, par la 2ème année d’apprentis. Les capacités du casernement de Soubise sont portées à plus de 2500 élèves simultanés, par réfection, constructions neuves et modernisation des infrastructures

– A SAINTES : La 1ère année de l’École d’apprentis totalise 770 élèves. Le premier bâtiment neuf (T1) a été mis en service le 12 octobre 1953. C’est la P 14 qui y a été hébergée.

A JOINVILLE : en 2ème année de l’École d’apprentis, on compte 830 élèves, dont le transfert à Saintes est envisagé, mais subordonné à la construction prévue de nouveaux casernements.

A SOUBISE : la réunion de tous les cours de spécialisation (élémentaires, supérieurs, maîtrise) aboutit à une présence simultanée de 2600 élèves toutes catégories.

Soit au total, dans le complexe SAINTES–JOINVILLE-SOUBISE, une présence simultanée de 4200 élèves et de 480 cadres instructeurs, auxquels s’ajoutent tout le personnel de Bataillon de l’air et des Services Techniques.

De 1952 à 1955 et 1965 à 1970. L’École se dédouble à Nîmes pour quelques promotions plus connues sous le  vocable : « arpètes de garrigues »

 

Dominik HERMOUET (P 53) Président AETA Bretagne

(1) Curieusement c’est en avril 1967 que je fais connaissance avec le Commandant GAY. Ce matin là, mon éducateur, le Sgt Yves RICHAUD m’appelle et me dit :

« HERMOUET, tu es convoqué chez le commandant GAY… il me précise ne pas savoir pourquoi… si ce n’est : une  affaire personnelle me concernant ».

Je n’en mène pas large. Être convoqué au P.C était en général réservé aux « ceusses » qui avaient fait une grosse bêtise (Le mur ou rentrer en état d’ébriété) Salut réglementaire, garde à vous, je me retrouve devant un grand gaillard que je n’avais pu apercevoir que de loin lors de la cérémonie des couleurs du jeudi matin. Je  découvre alors un visage émacié, des petites lunettes fines et légèrement tintées. Il me brandit alors un courrier de ma chère maman qui s’inquiète de mes séjours à répétition à l’hôpital maritime de Rochefort. Le reste, je m’en souviens plus très bien si ce n’est que le ton était devenu très conciliant à mi-chemin entre le maître d’école et le père de famille