Le 18 mars 2018 au FAOUËT (56320)

l’AETA Bretagne rendra hommage avec son Drapeau

au plus jeune Poilu de France mort en combat aérien il y a 100 ans

Les arpètes sont attendus pour cet hommage dans le cadre du devoir de mémoire cher à l’AETA

 

Soldat à quinze ans, sergent décoré à seize, adjudant à dix-sept, tué à l’ennemi à dix-huit, telle fut la vie de Jean Corentin CARRE.

Jean Corentin CARRE

De tous les morts inscrits sur le monument aux morts du Faouët (Morbihan), il en est un dont le nom vivra dans l’Histoire de France, c’est celui de Jean-Corentin Carré, dit « le Petit Poilu du Faouët », mort à l’ennemi dans son avion en flammes, à l’âge de dix-huit ans. Son exemple mérite d’être cité, en particulier aux enfants des écoles, c’est pourquoi un hommage lui sera rendu le 18 mars 2018, date du centenaire de sa mort glorieuse.

 

Né au Faouët le 9 janvier 1900 Jean Corentin Carré, bien que son père fût un pauvre journalier, fréquenta assidûment l’école jusqu’à douze ans, puis entra comme petit commis chez le percepteur qu’il suit lorsque ce dernier fait mouvement sur Mauléon (Pyrénées Atlantiques). Vint la guerre. Jean-Corentin Carré, dès les premiers jours, voudrait s’engager, mais il n’a que quatorze ans alors que l’âge légal est de dix-sept. Il essaye alors d’obtenir des papiers au nom de son frère plus âgé ; il n’y réussit pas. Mais le 27 avril 1915, à quinze ans et trois mois, il est plus heureux ; il tente en effet le tout pour le tout auprès du bureau de recrutement, en ayant recours à un subterfuge. Pour ne pas éveiller les soupçons, il déclare s’appelé Auguste DUTHOY, être né à Rumigny (Ardennes), département alors occupé par l’armée allemande. Aucune vérification n’étant possible, il est engagé au 410éme d’infanterie.

Le 20 octobre 1915, il part pour le front à Sainte-Menehould. Portant allègrement son « barda » et ne le cédant en rien aux vieux brisquards. Le 29 octobre, Jean-Corentin Carré reçoit le baptême du feu. « Je n’ai pas eu peur » note-t-il sur son « journal ». Le 15 novembre il monte en première ligne et tout aussitôt il est volontaire pour toutes les missions. Après avoir tenu les secteurs de Mesnil-les-Hurlus, de Somme-Tourbe, de Somme-Suippe jusqu’en mai 1916, le 410ème prend position entre la ferme de Thiaumont et la côte du Poivre, en avant de la côte de Froideterre et du fameux ravin de la Mort. Le 19 juin 1916 ; il est sergent il a juste seize ans et demi, pas encore l’âge officiel d’être soldat.

Le 15 novembre, le Petit Poilu, qui a pour mission de couper les barbelés ennemis, fait un prisonnier allemand, ce qui lui vaut de chaudes félicitations et une citation à l’ordre du corps d’armée. Il a la croix de guerre et ses dix-sept ans tant attendus approchent.

Auguste DUTHOY voudrait reprendre son nom, aussi le 29 décembre 1916 il adresse la lettre suivante à son colonel :

« Mon identité est fausse. Je ne suis pas le sergent Auguste DUTHOY. Je m’appelle Carré Jean-Corentin je suis né à Le Faouët (Morbihan), le 9 janvier 19O0. J’aurai 17 ans le 9 janvier prochain. Je vous écris pour vous demander s’il ne me serait pas possible, ayant l’âge réglementaire, de reprendre mon véritable nom sans quitter le front. Je préférerais rester Ardennais jusqu’à la fin de la guerre et sans que mes chefs directs sachent la vérité. Je ne suis pas plus patriote qu’un autre, mais je considère qu’un Français, lorsqu’il est assez fort pour faire un soldat, est un lâche s’il reste à l’arrière.

Mon colonel, je suis, sous vos ordres, le serviteur de la France ».

Jean-Corentin CARRÉ.

Deux jours plus tard, en réponse, le colonel nommait le sergent DUTHOY adjudant. Le changement de nom s’effectue, mais l’adjudant DUTHOY devient le soldat Carré. Toutefois, en quelques jours, le colonel lui rend, l’un après l’autre, tous ses grades. Le 16 avril, le 410ème attaque les Cavaliers de Courcy, et la compagnie de Carré est citée à l’ordre de l’armée, ayant fait cinquante prisonniers, enlevé un canon, deux « minenwerfer » et deux mitrailleuses. Le

16 juin, nouvelle attaque qui vaut au Poilu sa seconde citation à l’ordre de l’armée.

Le 20 juin, sur sa demande, il passe dans l’aviation. « Je saurai montrer aux aviateurs, dit-il, ce que vaut un Breton du 410ème ».

Passionné pour sa nouvelle arme, il fait preuve des plus belles qualités militaires et conquiert rapidement son brevet de pilote. Au mois de février 1918 il revint en permission.

Déjà il a le pressentiment de sa mort. Un soir, chez sa sœur, à la fin du repas, il grave ces mots sur la table « Carré Jean, tué le 22 mars ». Il ne se trompait guère. Le 18 mars, en effet, il tombait près de Souilly, accomplissant un dernier exploit près de ce Verdun qu’il avait défendu comme fantassin. Voici sa dernière citation posthume :

Adjudant Jean-Corentin Carré, du 410ème régiment d’infanterie, pilote à l’escadre S.0. 229.

Attaqué par trois avions ennemis, le 18 mars, s’est défendu énergiquement jusqu’à ce que son appareil soit abattu, l’entraînant dans une mort glorieuse.