A Paris, Arpètes citoyens!

 

Quarante-sixélèves techniciens de la promotion 151 ont pris la route un jeudi matin pour un périple riche de sens et de sensations. L’objectif de ce voyage exceptionnel pour ces 1ères années était de découvrir les grandes institutions de notre République et de mieux comprendre l’importance du  Militaire comme symbole et défenseur des valeurs de la France ainsi que de s’inscrire plus intimement dans une logique d’engagement toujours plus réfléchi et profond.

Pour initier ce « tour » parisien, quoi de mieux que de visiter une base opérationnelle ?

En résidence à la base de Villacoublay pour ces quelques jours, les ET, accompagnés par leur capitaine d’escadron et par des cadres d’enseignement (civils et militaires), ont eu la chance d’être accueillis par l’escadron d’hélicoptères 3/67 « Parisis », responsable de la sécurité aérienne de la capitale. Ils ont pu voir les différents aspects de cette mission et les différents types de métiers induits. Un Fennec leur a été présenté avec son équipe de fusiliers-commandos. Leur mission consiste notamment à communiquergrâce au tableau de messages pour indiquer les procédures à suivre et àintervenir avec les différentes armes de dernier recours permettant tir de semonce et tir de neutralisation, selon la taille de l’aéronef.

Il a été bien précisé que cet escadron ne fait que gérer les aéronefs de petit gabarit ; pour les avions stricto sensu, c’est la chasse qui est compétente. A la suite de quoi, les ateliers ont été présentés par des arpètes de différentes promotions : un major d’expérience et un sergent à peine plus vieux que les ET. Les nombreux postes de travail ont bien montré l’interaction des différentes spécialités et leur application concrète. Un jeune copilote a su ensuite faire une présentation complète, dynamique et vivante de l’unité, parlant aussi de son parcours personnel, il a souligné une particularité de cette unité: la proximité et la connivence des pilotes avec les mécanos.

2_1 Salle des fêtes de l’Elysée

Le jour suivant était prometteur et allait commencer sur les chapeaux de roue : les portes du palais de l’Élysée allaient être exceptionnellement ouvertes. Et c’est par les anciennes écuries du palais que les jeunes arpètes ont commencé une visite menée par un major de la garde républicaine, féru d’histoire et fin connaisseur de la vie de ce lieu. Par des couloirs feutrés, il les a menés dans la salle de cérémonie, immense et grandiose, remise au goût jour par une rénovation toute récente. Le pourpre républicain a été remplacé par un élégant gris, mettant en valeur les dorures en foison et l’espace tout entier. Les arpètes ont appris tout l’historique du bâtiment, au point de parfois se perdre dans ce labyrinthe de personnages, de dates et d’anecdotes. Ils ont pu avoir une vue privilégiée sur le jardin présidentiel, à l’élégance toute française ; puis pour terminer sur une vue du perron, où des journalistes s’impatientaient quant à la déclaration d’une Autorité. Et c’est en toute discrétion que les élèves se sont enfin exfiltrés.

Ils ont été ensuite accueillis à l’autre grande institution républicaine du pouvoir législatif, le Sénat, situé au Palais Bourbon, et construit par Marie de Médicis, mère de Louis XIII. Le bâtiment imposant, massif et majestueux, arbore en  surplomb surson porche la devise de la République, Liberté-Égalité-Fraternité. La visite du lieu s’est faite dans un mélange de bonne humeur, d’intérêt et d’admiration, grâce à deux guides sachant allier l’humour et la compétence, pour le bonheur des troupes. Les salles ont paru plus grandioses et chargées d’histoire que le palais présidentiel ; cependant une ET a réussi à faire découvrir de nouveaux aspects de la salle de bal à son guide, grâce à son œil…d’épervier.

Le plus impressionnant a sûrement été la découverte de l’hémicycle des sénateurs, entouré de statues de figures marquantes de la République et de l’idée d’État de droit. En plus de l’atmosphère vénérable et quasiment sacrée, les fauteuils des sénateurs ont marqué les esprits par le confort et la fermeté de leur assise, alors qu’à l’Assemblée, les députés, plus nombreux, n’ont que des bancs standards… Les arpètes ont entraperçus quelques sénateurs -ils n’étaient pas en session ce jour-là-, entraperçus également la merveilleuse bibliothèque Médicis dont l’accès n’est possible qu’accompagné d’un « sage ».

Le lendemain, les ET ont plongé encore plus profondément dans les entrailles de la France en visitant le Panthéon, sépulture et temple des personnages incarnant l’honneur et la dignité de la France. L’entrée dans ces vénérables pierres a été précédée par le croisement lointain avec un cortège de gilets jaunes, suffisamment proche cependant, pour en apercevoir les couleurs, et pour en sentir les effluves de gaz lacrymogènes. Dans l’ancienne église de l’architecte Soufflot, église rendue profane par l’histoire, les ET n’ont pas manqué de ressentir une certaine émotion due sans doute, à « l’odeur des pierres ».

La liste des choses vues est longue, mais on peut retenir le fameux Pendule de Foucault, les statues majestueuses et impressionnantes de la Convention, de la 1ère Guerre mondiale, et quelques vestiges de grands aviateurs comme Guynemer. Ils n’ont pas manqué non plus de se perdre dans le labyrinthe des sépultures de l’immense crypte où on peut se recueillir devant les cénotaphes de Voltaire,  Rousseau, Victor Hugo et Alexandre Dumas, mais surtout de grandes dames de science et de politique comme Marie Curie et Simone Veil. Et la liste est bien longue. Pour finir et sortir de cet étourdissement architectural et ce ballet d’ossements enchanteurs, les guides ont proposé un jeu: choisir (et argumenter son choix) un nouveau prétendant ou prétendante pour entrer au Panthéon.

L’après-midi, déjà un peu entamée, s’est changée en virée parisienne par une balade touristique joyeuse : la cathédraleNotre-Dame,le mémorial de la Déportation, la Place Dauphine, le Quartier latin et le plus ancien café de Paris : le Procope, clin d’œilculinaire, à un autre panthéon, culinaire celui-làdes arpètes saintais : la balade du repas fut chinois, breton, alsacien et aquitain, selon les goûts.

Lebut n’était pas simplement touristique mais permettait de rejoindre, comme en apothéose, un théâtre, la pièce choisie était « Adieu Monsieur Haffmann » elle montrait la survie difficile et rocambolesque d’un juif sous l’Occupation, pièce émouvante, inquiétante, et par un certain génie dramatique, d’une grande drôlerie. À la fin, après un long torrent d’applaudissements venant de toute la salle, les ET ont eu la chance de pouvoir entamer une discussion chaleureuse avec l’auteur-metteur en scène et les principaux comédiens. On a senti un intérêt réciproque celui des élèves militaires pour ce monde magique du théâtre et des artistes envers ces jeunes engagés.

Les dernières heures du dimanche -jour du retour- ont été presque studieuses : elles se sont passées au Musée de l’Armée, dans les méandres de l’histoire militaire des deux guerres mondiales ou à suivre le parcours du général de Gaulle.

7_3 Aux canons Citoyens

7_3 Aux armes Citoyens

Cette dernière visite a présenté un double intérêt :admirer les sépultures célèbres de la chapelle des Invalides et pratiquer un déjeuner de mémoires.

En effet l’espace de la chapelle où les illustres militaires français gisent est aussi vaste et majestueuse que le contenu de ces restes mortels. On peut penser à un Saint Pierre de Romeminiature et se laisser aller à percevoir comme un frisson de l’ordre du sacré.Les jeunes arpètes se sont trouvés face aux honneurs offerts par la nation à des grands hommes comme Napoléon, sans oublier des maréchaux comme Foch et Lyautey.

Mais aussi, les élèves ont mangé, au restaurant Le Carré plus précisément. Or cedéjeuner a été l’occasion d’une rencontre des plus inattendues: un vénérable général, venant égayer son dimanche par une promenade, a attiré l’attention des élèves qui ont vite entamé une conversation émouvante et intense ; pendant près d’une heure, les arpètes ont écouté avec une attention remarquable et touchante les récits épiques de ce vieux militaire, apparemment heureux de trouver une écoute sincère et sympathique. Ce croisement de générations était un point d’orgue idéal à ce voyage aux multiples épaisseurs. Ce  témoignage établissait de manière aussi harmonieuse qu’imprévue le pont avec un autre projet que les arpètes exploreront l’année prochaine, celui du « devoir de mémoire »…

Dans cette atmosphère, le retour fut comme hypnotique, à cause, certes, de la fatigue inhérente à ce baroud culturel mais surtout en raison de son intensité, de son flux d’images et d’émotions partagées.

4_Briefing à Villacoublay

Tissot, Mme et M. Le Cras